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Le chef Almir vient chercher soutien et paix en Suisse

Aidons ces peuples autochtones et le chef des Indiens Surui Almir, qui représente en personne l’état de la forêt amazonienne.

Texte: Patrick Baumann / L’illustré

Des tueurs à gages viennent d’être engagés pour l’exécuter. Almir Narayamoga Suruí, le chef des Suruí qui lutte contre la déforestation
de la forêt amazonienne, a trouvé 
un refuge temporaire chez ses amis suisses Aquaverde et NiceFuture. L’illustré l’a accueilli à l’aéroport de Genève-Cointrin.

Il est arrivé à Cointrin heureux de retrouver ses amis romands mais visiblement fatigué et les traits tirés. Almir Narayamoga Suruí, 42 ans, le plus emblématique des chefs amazoniens, vit depuis des mois avec des tueurs à gages à ses trousses et ça se voit sur son visage. Certes, ce n’est pas la première fois que cet homme, connu bien au-delà des frontières du Brésil, est menacé de mort. Il nous avait raconté sa vie trépidante en 2015 lors d’un portrait dans ce magazine. «Mais aujourd’hui, le danger est maximal», note Thomas Pizer, le président d’Aquaverde, l’ONG romande qui lutte à ses côtés depuis 2005 et qui a décidé aujourd’hui, pour sauver la vie d’Almir, de le cacher en Suisse.

En 2005, Almir lui avait envoyé un e-mail. «Aidez-moi à protéger la forêt contre les trafiquants de bois, les chercheurs d’or et de diamants qui menacent le Rondônia, la terre de mes ancêtres.» Depuis, le chef de ce territoire grand comme les cantons de Vaud et Genève est venu plusieurs fois dans notre pays, il a participé au G21 de l’association NiceFuture, rencontré tous ceux qui se préoccupent d’environnement, s’en est souvent fait des amis. Le prince Charles soutient sa cause, il a reçu deux prix des droits de l’homme et les Nations unies l’ont désigné héros de la forêt en 2013. Almir est un chef des temps modernes. Avec une coiffe à plumes qui plaît beaucoup aux photographes, mais un ordinateur, Google et le wifi comme armes de combat contre la déforestation illégale. Son peuple est le premier au monde à avoir créé une taxe carbone, il rêve de mettre sur pied une armée de drones pour protéger ses arbres (sa forêt est encore intacte à 93%) et se bat sans relâche contre la corruption endémique qui sévit désormais même au sein de son peuple.

Mercure et cyanure

En 2017, il n’y aurait plus que cinq villages suruí sur 26 à continuer la lutte. Sans compter la santé des Indiens menacée par la présence de mercure et de cyanure dans les trois rivières de leur territoire, en lien avec les activités des orpailleurs. «Si la menace est si grande, raconte Almir en portugais devant un plat de poisson grillé, c’est parce que des Suruí corrompus veulent ma mort. Ils n’oseront pas me tuer, notre culture l’interdit, mais ils ont demandé aux garimperos (les chercheurs de diamants blancs) de le faire.» Quand on sait que les trafiquants sont prêts à payer 10 000 dollars pour faire entrer une machine d’excavation sur le territoire des Indiens, on imagine les enjeux financiers…

Almir se démène depuis des mois, justement, pour que la police fédérale fasse respecter la loi dans sa réserve. Des opérations largement médiatisées ont été lancées pour intercepter les trafiquants à l’aide d’hélicoptères (cinq engins d’excavation brûlés sous l’objectif d’un photographe et cinq Suruí arrêtés pour corruption). De quoi exacerber la détermination de ces derniers à se débarrasser du chef des Suruí. Mi-décembre, il a échappé à un guet-apens entre son village et la petite ville de Cacoal, où il n’ose plus se rendre désormais. La police lui a confirmé qu’un contrat sur sa tête avait été émis par les milieux mafieux. Ce n’est pas une coïncidence, le 15 décembre dernier la conseillère nationale Adèle Thorens déposait une interpellation au Conseil fédéral en relation avec son combat. «Comment s’assurer que le bois illégalement coupé, l’or et les diamants sales ne se retrouvent pas sur le marché suisse?» demandait l’élue verte. Le Conseil fédéral vient de lui répondre que l’importation de bois brésilien illégal est très faible en Suisse et qu’une étude est déjà en cours pour connaître l’origine précise de l’or produit en violation des droits humains sur notre marché. «Le consommateur qui veut soutenir Almir doit exiger de connaître l’origine légale du bois exotique qu’il achète», lance l’élue verte qui, comme tous les soutiens romands du chef, reste soucieuse que son peuple puisse continuer à développer des activités durables comme la commercialisation prochaine d’un chocolat éthique, une économie qui génère des revenus sans détruire la forêt.

Almir est un guerrier, habitué à affronter des bêtes sauvages. Mais les animaux attaquent de front, pas les tueurs à gages. En 2007, un contrat de 100 000 dollars sur sa tête l’avait déjà obligé à se cacher aux USA. Aujourd’hui, c’est à Avully, dans la campagne genevoise. «Je ne vais pas rester plus de quarante jours chez vous», lance-t-il après avoir envoyé un SMS à ses frères restés au village pour leur demander s’il peut manger les crevettes grillées servies par le restaurant proche de l’aéroport. «Ma troisième femme vient de me donner une petite fille. Chez nous, le père d’un nouveau-né ne peut pas manger certains animaux de peur que leurs esprits ne viennent hanter l’enfant.» La réponse positive viendra un peu tardivement, les crevettes sont mangées depuis longtemps par ses voisins de table. La mort? Il en a peur «comme tout le monde, mais qui ne la craint pas?» sourit-il. «Heureusement, mes frères et mes cousins m’accompagnent partout et se chargent de regarder dans mon dos.»

«Ne baissons pas les bras!»

La mort qui rôde n’entame pas sa force de conviction. Il se prépare à donner une conférence à Nyon*, à rencontrer le vice-recteur de l’UNIL, le rapporteur spécial de la commission onusienne sur les droits de l’homme et l’environnement et sera encore la vedette, cet été, d’un documentaire du réalisateur Daniel Schweizer. «Ce n’est pas à cause des Suruí corrompus que je vais arrêter mon combat; il y a d’autres peuples de par le monde qui ont besoin de ma lutte et je vais me battre pour eux. C’est pour cela que je suis là, qu’on est là. Ne baissons pas les bras, je sais que c’est possible!»

Ce père de six enfants est une figure exemplaire pour les 180 tribus amazoniennes qui suivent son action. Sa disparition serait une véritable catastrophe, humaine et écologique, soulignent en chœur ses amis. La menace d’assassinat qui pèse en permanence sur lui n’a pas émoussé son âme mais fatigué son corps. Il souffre d’ulcères gastriques et de problèmes cardiaques. D’où l’urgence de cet exil, même temporaire. Le lendemain de son arrivée, à l’heure de trinquer, il sortira d’une feuille de bananier l’apéro des Suruí dont raffole son hôte genevois: un ver blanc grillé qui a le goût de noisette. Santé, et longue vie Almir!

* Conférence d’Almir Narayamoga Suruí le 2 mars à la Ferme du Manoir, à Nyon, à 19 h 30, entrée libre.
Sauver la planète, d’Almir Narayamoga Suruí et Corine Sombrun, Editions Albin Michel. 
www.aquaverde.orgwww.appel-urgence-foret-surui.com NiceFuture

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